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Hommage à Mme Madeleine POIRIER, FALLU

Hommage à Mme Madeleine POIRIER, FALLU

Hommage à madame Madeleine Poirier, lu en l'église de Sayabec, le samedi 4 janvier 2020, jour de la célébration commémorative. HOMMAGE À NOTRE MÈRE, MADELEINE POIRIER Maman, pour tes 90 ans, il y a trois ans, toute la famille s’était réunie, avec tante Yvette, pour souligner l’événement. Pour l’occasion, nous avions préparé un texte pour te rendre hommage et tracer les grandes lignes de ta vie. Nous avons voulu nous inspirer de ce texte pour partager avec tous ceux qui sont ici présents ce portrait qui te représente si bien. Maman, c’est ton prénom, Madeleine, qui a servi de fil à cet hommage. Ce seul prénom évoque pour nous tous, le doux sourire d’une maman, les gâteries d’une mamie ou le regard bienveillant d’une grand-mamie. Le seul prénom Madeleine déclenche en nous plein de beaux souvenirs ! Le mot madeleine désigne aussi un petit gâteau en forme de coquillage. Le gâteau est devenu célèbre grâce à un romancier français du début du 20e siècle, Marcel Proust. Dans son oeuvre «À la recherche du temps perdu», Proust a écrit une scène où le personnage trempe un petit gâteau, une madeleine, dans une tasse de thé. Il est alors instantanément replongé dans son enfance, lorsqu’il prenait le thé avec sa tante tout en dégustant des madeleines. La scène est tellement forte que l’expression « une madeleine de Proust » a fini par désigner n’importe quel objet, n’importe quelle odeur, bruit, saveur, ou encore n’importe quel geste du quotidien, qui instantanément nous rappelle un souvenir. Pour cet hommage, tous les membres de la famille ont partagé spontanément quelle était leur madeleine de Proust, c’est-à-dire quel objet ou quel geste qu’ils font ou qu’ils observent chez leurs enfants, leur rappelle un souvenir associé à toi, maman. Parmi le lot de souvenirs, nous avons réussi à faire ressortir quatre grandes madeleines, auxquelles on a pu rattacher tout plein de petites madeleines. Alors voici, dans l’ordre ou dans le désordre, les quatre grandes madeleines de ta famille. Machine à coudre La première madeleine est un objet, mais elle peut tout aussi bien être son bruit, car c’est là où son pouvoir d’évocation est le plus fort : la première madeleine c’est le ronron d’une machine à coudre. La machine à coudre, pour nous tous, c’est cette douce musique qui nous a accompagnés vers le sommeil, tandis que toi maman, notre inépuisable maman, tu travaillais tard dans la soirée pour terminer un vêtement ou donner un second souffle à un vêtement usé. La machine à coudre, ça nous rappelle aussi ta créativité, tes doigts de fée qui nous ont permis de toujours être bien mis et de pouvoir suivre les tendances. Car si tu as la réputation de toujours avoir été coquette, tu l’étais aussi pour nous tous, tes enfants. La machine à coudre, au-delà de la coquetterie et de la mode, c’était aussi faire durer les vêtements... Avec sept bouches à nourrir, sept cerveaux à éduquer et sept garde-robe à garnir, tes talents de couturière venaient s’ajouter à ta formidable capacité de gérer la maisonnée. Avec toi, rien ne se gaspillait, tout était recyclable, et tu avais l’art de t’adapter à toutes les situations. La machine à coudre, c’est aussi mais surtout le lieu des confidences : c’était ton petit confessionnal. Nous avons tous le souvenir d’avoir été assis à tes côtés, à t’observer enfiler habilement le fil dans l’aiguille ou actionner les différents boutons de ta machine, et de t’avoir raconté nos petites et nos grandes peines, nos inquiétudes, nos problèmes, mais aussi nos joies et nos découvertes. Nous savions que nous allions trouver une oreille attentive, d’une grande ouverture, sans jugement, que tu allais savoir trouver les mots justes pour nous consoler, nous rassurer, nous encourager, nous motiver... La machine à coudre, c’est notre grand moulin à souvenirs... Maillot de bain Un petit maillot rouge se trouve dans un tiroir au chalet familial. C'est celui que nous, les filles, avons toutes porté. Il représente notre seconde madeleine. La seule vue de ce vêtement évoque ces jours d'été passés au chalet avec maman. Ce maillot nous rappelle ces moments de proximité familiale, de bonheur simple. Il faut dire que sans eau chaude, sans douche et sans bain, la vie n'était pas si simple, mais jamais tu ne te plaignais, car je crois que tu savais parfaitement que ces semaines étaient magiques pour nous. Tu nous enseignais le plaisir d'être ensemble, sans exiger plus de confort puisque l'essentiel n'était pas là. Tu nous disais: «Allez jouer dehors!» et on obéissait sans rechigner, tout heureux de passer la journée dans le lac ou dans le bois. Tu instaurais déjà en nous ce besoin et cette habitude d'être dans la nature, de s'oxygéner, de profiter du beau temps. Jusqu’à l’été dernier, tant que tu en as eu la possibilité, tu as ressenti constamment ce besoin de prendre ta petite marche, de prendre l'air. Nous avons tous hérité de ce besoin. Nous avons tous intégré ta maxime : Allez jouer dehors ! Petite fraise La troisième Madeleine peut prendre différentes formes, mais pour moi, elle est particulièrement évocatrice si je la découvre avec surprise, au gré d’une promenade en été, en soulevant au hasard une feuille : vous l’aurez deviné, je parle de la p’tite fraise des champs. Que de souvenirs sont associés à ce petit fruit rouge ! Il nous replonge tout de suite au coeur d’une chaude journée de juillet, accroupis pendant d’infinis heures, livrés à la voracité des maringouins, mais dédiés à cette activité familiale sacrée. La p’tite fraise nous ramène aussi à des leçons de persévérance. Il en fallait de la patience pour remplir nos vaisseaux une fraise à la fois, chaque fraise devant faire l’objet d’une recherche désespérée. Mais tu avais le don, maman, de nous encourager, de nous amener à poursuivre, nous appelant lorsque tu avais découvert une talle, nous incitant à voir notre vaisseau à moitié plein et non à moitié vide, dans ton éternel optimisme. Sans t’en rendre compte ou peut-être que oui finalement, car cette attitude ne se manifestait pas que dans le champ de fraises, tu nous inculquais ce goût d’aller au bout des choses, de ne pas baisser les bras, de ne pas abandonner un projet une fois qu’il est entrepris. La p’tite fraise nous ramène aussi à des leçons de minutie. Car il ne suffisait pas de remplir son vaisseau, il fallait que chaque fraise soit ramassée proprement, équeutée s’il vous plaît, sans brindilles, sans feuilles, sans bestioles... C’est sûr qu’on rechignait, mais on apprenait là les bases du travail bien fait, du travail efficace, qui allait sauver de nombreuses heures en soirée, qui serait plus rapidement consacrée à la préparation de ce qui est certainement une autre grande madeleine : la confiture de petites fraises. La confiture de petites fraises est le déclencheur d’une émotion précieuse. Celle associée aux douceurs préparées par une maman. Et elle nous entraîne vers toute une série de madeleines qui provoquent le même sentiment : le sublime short cake aux fraises, le décadent domino, l’inégalable tarte aux cerises, le classique carré à l’érable... et tant d’autres desserts qui ont accompagnés tous nos repas d’enfance. Pour les filles particulièrement, ces desserts les ramène dans la cuisine de la maison familiale, le samedi matin, alors qu’elles te prêtaient main forte, intégrant peu à peu ton savoir-faire, complices et coéquipières, fières de la confiance d’une mère qui les considérait assez responsable pour participer aux tâches des grandes. La douceur que ces desserts évoque, c’est la douceur perceptible au palais, évidemment, mais c’est aussi la douceur de caractère de celle qui y mettait tout son amour. Cette douceur qui terminait chaque repas était en quelque sorte le symbole de la douceur du climat familial, de l’harmonie que tu souhaitais, maman, voir régner non seulement lors des repas, mais en toute circonstance. Ton souci d’équité, de respect de l’autre, d’absence de médisance, d’honnêteté, de justice ont contribué jour après jour à préserver la douceur de vivre au sein de notre famille. Finalement, découvrir une petite fraise dans un champ, c’est la clé qui ouvre vers un monde irremplaçable où règne ta douceur, maman. Tire Sainte-Catherine Notre quatrième madeleine fait également resurgir des souvenirs gustatifs. Il s'agit de la tire Sainte-Catherine. Pendant de nombreuses années, tu nous mettais à contribution afin de faire à la main la fameuse tire. On l'étirait et l'étirait jusqu'à ce qu'elle soit bien dorée. Ensuite, nous l'enveloppions dans du papier ciré. Il faut dire que cette activité avait un but. Cette tire allait être distribuée au bingo de la Sainte-Catherine de l'Afeas. En effet, maman, tu as toujours été impliquée dans ton milieu. On n'a qu'à penser au journal L'Echo sayabecois, à la bibliothèque municipale, au tricothon, à l'Afeas, etc. Tu étais une femme au foyer, mais ton univers ne s'est jamais limité à la maison. Tu as toujours su maintenir un équilibre dans ta vie. Tu as toujours eu ta petite gang d'amies de filles, ton petit groupe de femmes avec qui tu tissais, tu tricotais, tu faisais du macramé. Papa et toi aviez de nombreux loisirs avec vos amis comme la danse et la motoneige. Même après cette grande transition qu’a été ton installation au Havre de l’estuaire à Rimouski, nous sommes restés impressionnés de te voir aller, dans ton nouveau chez toi. Tu t'es créé un nouveau cercle d'amis, et tu as su établir des relations significatives rapidement, dont celle avec ta grande complice Dolorès. Quelle femme tu étais ! Tu as su garder jusqu’à la fin le goût d'être partie prenante de la vie qui t'entoure, de saisir toutes les opportunités pour avoir une vie riche de rencontres et d'apprentissages. Cette curiosité d'apprendre, tu nous l'as transmise à nous les enfants, mais aussi à tes petits et arrière-petits-enfants. En somme, ces quatre madeleines nous ont permis de nous rappeler que sans toi, maman, cette famille ne serait pas ce qu'elle est. Chacun de nous porte ton héritage avec fierté. En plus de tous ces souvenirs que tu nous laisses maman, tu nous as donné dans les derniers mois d'importantes leçons de vie. Entre autres, des leçons de lâcher-prise et d’acceptation face à l’inévitable. Tu as ouvert encore plus grand ton cœur et tu nous as permis d’ouvrir le nôtre encore plus grand aussi. Tu nous as fait comprendre que la mort c’est grand, c’est plein de vie dedans, comme dit la chanson de Félix Leclerc. Pour tout cela, merci ! Maman, nous t’aimons de tout coeur et nous t’aimerons pour l’éternité !


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